Caraïbe & Afrique : souveraineté, tensions et réveils politiques

Visa USA : Antigua-et-Barbuda et la Dominique visés par de nouvelles restrictions dès 2026

À partir du 1er janvier 2026, les ressortissants d’Antigua-et-Barbuda et de la Dominique ne pourront plus accéder à plusieurs catégories de visas américains, notamment pour le tourisme, les affaires et les études. Washington justifie cette décision par des préoccupations liées à la sécurité et au contrôle des documents d’identité, en particulier dans le cadre des programmes de citoyenneté par investissement.

Certaines exceptions resteront possibles, notamment pour les titulaires de visas déjà valides, les résidents permanents ou des cas considérés comme d’intérêt national par les autorités américaines.

Des États caribéens pris de court

La décision a provoqué l’incompréhension des autorités des deux pays concernés. Antigua-et-Barbuda et la Dominique rappellent que des échanges diplomatiques étaient en cours avec les États-Unis afin de répondre précisément aux préoccupations américaines.
La Dominique a même sollicité un dialogue urgent avec Washington, mettant en avant des réformes déjà mises en œuvre : contrôles renforcés des antécédents, règles de résidence plus strictes, transparence accrue et création d’une autorité de supervision indépendante.

À Antigua-et-Barbuda, les autorités affirment également avoir coopéré avec plusieurs agences américaines et engagé des mesures similaires.

Une inquiétude qui dépasse la Caraïbe

Soutenues par l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECS), les deux nations tentent d’obtenir des clarifications avant l’entrée en vigueur des restrictions. Dans la région, les craintes sont nombreuses : frein aux mobilités, aux études, aux échanges économiques et aux liens familiaux avec les États-Unis.

Cette décision fait écho à des mesures déjà appliquées par Washington à plusieurs pays africains ces dernières années, également justifiées par des arguments sécuritaires et administratifs. Un parallèle qui interroge, alors que la Caraïbe et l’Afrique cherchent à renforcer leurs coopérations, leurs circulations humaines et leurs partenariats Sud–Sud.

Ces nouvelles restrictions américaines, qui touchent aujourd’hui des pays caribéens après avoir visé plusieurs États africains, traduisent-elles une même logique de marginalisation du Sud global, plaçant la Caraïbe et l’Afrique dans une position commune face aux politiques migratoires et sécuritaires des grandes puissances ?

La Dominique : l’énergie des volcans au service de la souveraineté

La Dominique est sur le point de marquer l’histoire caribéenne. D’ici mars 2026, l’île pourrait devenir la première de la région à atteindre une quasi-indépendance énergétique, grâce à un ambitieux projet de centrale géothermique situé dans la vallée volcanique de Laudat.

La géothermie, un choix stratégique

Le projet est porté par la Dominica Geothermal Development Company Limited (DGDC), avec l’appui technique d’Ormat Technologies. La centrale, d’une capacité initiale de 10 mégawatts, devrait alimenter près de 23 000 foyers, soit environ 50 % des besoins énergétiques de la population.

En exploitant la vapeur issue de l’eau chauffée par le magma, la Dominique mise sur une énergie stable, continue et mieux adaptée aux réalités insulaires que le solaire ou l’éolien. Un choix assumé pour réduire la dépendance au diesel importé, coûteux et polluant.

Un cap clair vers l’autonomie énergétique

L’objectif du gouvernement est ambitieux : atteindre 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Le projet représente un investissement estimé à 30 millions d’euros, soutenu par des bailleurs internationaux comme la Banque mondiale, l’Union européenne et l’Agence française de développement.

À moyen terme, la capacité pourrait être portée à 20 ou 25 MW, permettant non seulement de couvrir l’ensemble des besoins locaux, mais aussi d’envisager l’exportation d’électricité verte vers la Martinique ou la Guadeloupe, tout en soutenant le développement de secteurs clés comme le dessalement de l’eau, l’agro-industrie ou le thermalisme.

Des défis à ne pas ignorer

Malgré l’optimisme affiché, plusieurs enjeux demeurent : les risques techniques liés aux forages géothermiques, la question de la souveraineté réelle face aux financements extérieurs, et la nécessité de bâtir des infrastructures capables de résister aux cyclones et aux chocs climatiques, après le traumatisme du cyclone Maria en 2017.

Un modèle caribéen à suivre ?

Avec ce projet, la Dominique affirme une vision : utiliser ses ressources naturelles pour renforcer son autonomie, réduire sa dépendance et reprendre la main sur son développement.

Algérie : le Parlement criminalise la colonisation française, un acte politique fort

Dans un climat diplomatique déjà explosif entre Paris et Alger, l’Algérie a posé un acte politique majeur. Le mercredi 24 décembre 2025, l’Assemblée populaire nationale a adopté à l’unanimité une loi qualifiant officiellement la colonisation française (1830-1962) de « crime d’État ». Le texte exige également des excuses officielles de la France.

Un vote historique, lourd de sens, qui marque une nouvelle étape dans la bataille mémorielle et politique entre les deux pays.

Une mémoire non négociable

Dans une atmosphère solennelle, les députés algériens, drapés des couleurs nationales, ont salué l’adoption du texte par de longs applaudissements. Pour le président de l’Assemblée, Brahim Boughali, cette loi constitue un « acte souverain par excellence ».

Le message est clair : la mémoire du peuple algérien n’est ni effaçable, ni négociable. À travers ce vote, Alger affirme son droit à nommer l’histoire, sans filtre ni compromis diplomatique, et à inscrire juridiquement les violences subies durant 132 ans de domination coloniale.

Colonisation : des crimes nommés et listés

La loi va bien au-delà d’un geste symbolique. Elle établit une liste précise de crimes jugés imprescriptibles, attribués à l’État français durant la période coloniale.

Parmi eux :

  • les essais nucléaires menés dans le désert algérien,

  • les exécutions extrajudiciaires,

  • la torture systématique, physique et psychologique,

  • le pillage organisé des ressources et des richesses du pays.

Le texte reconnaît explicitement la responsabilité juridique de l’État français et affirme que l’Algérie est en droit d’exiger une indemnisation complète et équitable, tant pour les préjudices matériels que moraux.

Paris parle d’initiative “hostile”

Sans surprise, la réaction française a été immédiate. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une « initiative manifestement hostile », laissant entrevoir une nouvelle dégradation des relations bilatérales.

Si la portée juridique internationale du texte reste incertaine à ce stade, son impact politique et symbolique est, lui, incontestable. Cette loi s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en cause du récit colonial européen, porté par plusieurs pays du Sud global.

Un signal fort pour le monde afro-diasporique

En criminalisant la colonisation, l’Algérie ne s’adresse pas seulement à la France. Elle envoie un message à l’Afrique, à la Caraïbe et aux peuples afro-descendants : nommer les crimes coloniaux est une étape essentielle vers la dignité, la réparation et la souveraineté.

Un geste qui résonne bien au-delà des frontières algériennes, dans des territoires où la mémoire coloniale reste encore largement niée, minimisée ou instrumentalisée.

Chez Karib Afrik, une chose est sûre : l’histoire ne se négocie pas, elle se regarde en face.

Bénin : un coup d’État déjoué, la fin d’une illusion de stabilité ?

Le Bénin a longtemps été présenté comme une exception en Afrique de l’Ouest. Un pays stable. Un pays « modèle ». Début décembre 2025, cette image s’est fissurée.

Dans la nuit, une tentative de coup d’État militaire a été déjouée à Cotonou. Des soldats ont brièvement pris le contrôle de la télévision nationale et annoncé la destitution du président Patrice Talon. En quelques heures, les forces loyales ont repris la main. Le pouvoir est resté en place. Mais le choc, lui, demeure.

Un acte isolé ou un symptôme plus profond ?

Selon les autorités béninoises, plusieurs militaires ont été arrêtés et placés en détention. Les chefs d’accusation sont lourds : atteinte à la sûreté de l’État, trahison, violences armées. La CEDEAO et les Nations unies ont rapidement condamné la tentative de putsch et réaffirmé leur soutien aux institutions béninoises.

Sur le papier, l’ordre constitutionnel a tenu. Mais dans les faits, cet épisode soulève une question centrale : comment un pays réputé stable en arrive-t-il à ce point de rupture ?

À quelques mois de l’élection présidentielle de 2026, le timing n’a rien d’anodin.

Le Bénin dans un contexte régional sous tension

Depuis plusieurs années, l’Afrique de l’Ouest traverse une séquence politique troublée : coups d’État, transitions militaires, défiance envers les élites politiques, rejet de certaines influences extérieures. Le Bénin, jusqu’ici épargné, semble désormais rattrapé par cette réalité régionale.

Derrière la tentative de coup d’État, se dessinent des fractures internes : tensions politiques, restriction de l’espace démocratique, frustrations sociales, et sentiment d’exclusion d’une partie de la population et des forces armées.

Le putsch a échoué. Mais le malaise, lui, reste entier.

Un avertissement pour les démocraties africaines

Ce qui s’est joué au Bénin dépasse largement ses frontières. L’événement rappelle une vérité souvent occultée : la démocratie n’est jamais acquise. Elle ne se résume ni à des institutions, ni à des discours internationaux, ni à des classements flatteurs.

Elle se nourrit de confiance, de justice, de dialogue et de légitimité politique réelle.

Pour le Bénin comme pour d’autres États africains, l’enjeu est désormais clair : réparer les fractures avant qu’elles ne deviennent irréversibles.

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Afrique – Caraïbe : Victoires, symboles et renaissance identitaire. Une nouvelle page s’écrit.