Afrique – Caraïbe : Victoires, symboles et renaissance identitaire. Une nouvelle page s’écrit.

Haïti qualifiée pour la Coupe du monde : un souffle de fierté pour tout le monde afro-caribéen

Il y a des victoires qui dépassent le rectangle vert. La qualification historique d’Haïti pour la Coupe du monde 2026 en fait partie.

Dans un pays où la tourmente politique, économique et sécuritaire obscurcit souvent le ciel, les Grenadiers viennent de rallumer une flamme que beaucoup croyaient vacillante : celle de la fierté nationale.

Au-delà du sport, c’est tout un peuple et avec lui toute la Caraïbe, toute la diaspora afro-descendante qui se relève.

La dernière qualification remontait à 1974. C’était une autre époque, un autre monde. Cinquante-deux ans plus tard, Haïti renoue enfin avec le plus grand rendez-vous du football mondial. Et ce retour, arraché à la force du mental, porte un message : malgré les épreuves, Haïti se tient debout.

Cette équipe, jeune, cosmopolite, tissée de talents venus de Port-au-Prince, de Montréal, de Miami ou de Paris, raconte une histoire de résilience et d’unité. Les buts inscrits en éliminatoires ne sont pas que des statistiques : ils sont l’expression d’un peuple qui refuse d’abandonner sa place sur la scène mondiale.

La qualification a aussitôt déclenché une vague de célébrations. Dans les rues, dans la diaspora, partout, on a vu les mêmes couleurs, les mêmes larmes, les mêmes sourires. Pour un instant précieux, la douleur a disparu, remplacée par l’espoir.

Mais l’enjeu dépasse l’émotion du moment. Haïti se trouve face à une opportunité historique : redorer son image internationale, fédérer sa jeunesse et inspirer les générations futures. Le football devient ici un instrument de diplomatie, de cohésion et de renaissance.

À l’heure où le football mondial s’ouvre de plus en plus aux nations émergentes, la présence d’Haïti rappelle au monde que le talent n’a pas de frontières et que les rêves, eux, n’obéissent jamais à la fatalité.

Haïti sera à la Coupe du monde. Et cette simple phrase résonne comme une victoire du peuple tout entier.

Côte d’Ivoire : Olivia Yacé à Miss Univers 2025 : éclat, controverse et affirmation d’une nouvelle féminité africaine

Elle était attendue comme une étoile. Elle a brillé. Et elle a dérangé. Olivia Yacé, déjà icône ivoiro-africaine depuis sa performance à Miss Monde 2021, a marqué d’une empreinte indélébile l’édition 2025 de Miss Univers. Pourtant, un parfum de polémique a enveloppé son passage.

Mais avant tout, il faut dire ceci : Olivia Yacé n’est pas qu’une reine de beauté. Elle est un symbole.
Symbole d’une Afrique moderne, assumée, confiante. Symbole d’une féminité qui ne se limite pas aux standards occidentaux, mais qui s’exprime dans la dignité, la culture et l’intelligence.

Sa participation à Miss Univers 2025 était déjà un événement médiatique majeur. Chaque apparition, chaque tenue, chaque déclaration a été décortiquée, sublimée, commentée. Dans un concours où les représentations africaines sont parfois stéréotypées, Olivia a imposé un style : sobriété élégante, prise de parole affûtée, identité culturelle fièrement portée.

Et puis il y a eu l’affaire des accusations de favoritisme à son égard, des débats autour du format du concours, des critiques parfois teintées de jalousie ou de méconnaissance. Peut-être était-ce l’intensité de son aura. Peut-être l’impossibilité pour certains de concevoir qu’une femme africaine puisse rayonner à ce point sur une scène mondiale.

La Côte d’Ivoire, l’Afrique et une grande partie de la diaspora se sont empressées de défendre leur ambassadrice. Car derrière Olivia Yacé, il y a toute une jeunesse africaine qui refuse que son excellence soit remise en question sous prétexte qu’elle dérange l’ordre établi.

En réalité, ce que l’on appelle « polémique » n’est qu’un signe : l’Afrique n’est plus en marge des grands récits de la beauté mondiale ; elle en fait partie, elle les transforme. Olivia Yacé illustre une nouvelle narration, où l’afro-élégance n’est plus une exception exotique, mais un standard de référence.

Qu’elle ait gagné ou non importe peu. Ce qu’elle a offert dépasse les podiums : une vision, une fierté, une continuité dans la montée en puissance des esthétiques africaines dans l’imaginaire global.

Olivia Yacé est repartie de Miss Univers 2025 comme elle en est arrivée : droite, lumineuse, souveraine.
Et l’Afrique, une fois encore, a brillé à travers elle.

Ghana - Barbade : Un vol historique pour reconnecter l’Afrique et la Caraïbe

Le 11 novembre 2025 restera gravé dans les mémoires. Pour la toute première fois, un vol direct a relié Accra (Ghana) à Bridgetown (Barbade), symbolisant un pont aérien entre l’Afrique de l’Ouest et la Caraïbe.

Organisé par GUBA Enterprise dans le cadre des GUBA Awards & Trade Conference 2025, ce vol historique n’est pas seulement un trajet : c’est une réaffirmation des liens culturels et économiques qui unissent les deux rives de l’Atlantique.

Retour sur un passé douloureux, vers un futur commun

Il y a des siècles, des milliers d’Africain·e·s furent arraché·e·s à leur terre pour être emmené·e·s dans les Caraïbes. Aujourd’hui, ce vol direct incarne un geste symbolique puissant : celui de reconnecter volontairement les peuples séparés par l’histoire.

La présence du roi ashanti, Otumfuo Osei Tutu II, souligne la portée de cet événement : “connecter Afrique et diaspora, c’est rebâtir ce que l’histoire a voulu briser.” Il a appelé à transformer ce vol unique en un réseau durable de ponts aériens et maritimes pour renforcer les échanges culturels, économiques et sociaux.

Échanges, commerce, diaspora : l’Atlantique réinventé

Au-delà de la symbolique, cette initiative ouvre de nouvelles perspectives concrètes. Un protocole d’accord entre les chambres de commerce du Ghana et de la Barbade vise à favoriser les échanges, le commerce, l’investissement et le tourisme entre les deux régions.

Pour les diasporas et les entrepreneur·e·s afro-caribéen·ne·s, c’est une vraie opportunité : de nouvelles collaborations, des échanges culturels, et la possibilité de rapprocher marchés et talents. Ce vol est à la fois un symbole et un tremplin pour un avenir partagé, créatif et prospère.

Vers un avenir partagé

Ce vol direct Ghana-Barbade et la conférence qui l’accompagne sont une invitation à repenser l’Atlantique : pas comme une séparation, mais comme un lien vivant.

Alors que ce pont aérien vient d’être ouvert, une question s’impose pour tous les lecteurs de Karib Afrik :

Comment, selon vous, l’Afrique et la Caraïbe pourraient-elles utiliser ces nouveaux liens pour renforcer leur identité commune, leur culture et leurs opportunités économiques ?

Martinique : un tournant historique le procès des « déchoukaj » des statues

Le 17 novembre 2025 restera comme une date charnière dans l’histoire contemporaine de la Martinique.

Ce jour-là, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a rendu sa décision dans l’affaire du déboulonnage, en 2020, des statues de Victor Schœlcher, Joséphine de Beauharnais, et Pierre Belain d'Esnambuc et aucune condamnation n’a été prononcée contre les onze prévenus.

Ce verdict relaxe et dispense de peine ne se résume pas à un simple cadeau judiciaire. Il incarne surtout la reconnaissance d’un geste revendiqué comme politique, militant, identitaire, profondément ancré dans le désir de (re)construire une mémoire propre à la Martinique.

Que représentaient ces statues ?

  • Victor Schœlcher : souvent célébré comme l’abolitionniste ayant permis la fin de l’esclavage en 1848. Mais en réalité, le considérer comme le « sauveur » unique invisibilise les résistances et luttes des esclavisé·e·s eux-mêmes.

  • Joséphine de Beauharnais : créole blanche, issue d’une famille de planteurs esclavagistes, et associée à un passé colonial lourd, certains lui reprochent de symboliser un lien avec l’oppression, l’injustice, l’inégalité de la période esclavagiste.

  • Pierre Belain d’Esnambuc : considéré comme un des pionniers de la colonisation des Antilles, il représente à leurs yeux le début d’un ordre colonial imposé.

Le geste de déboulonner ou encore « déchoukaj » (soit « déracinement »), visait à libérer l’espace public de symboles d’un passé colonial oppressif, à ouvrir la voie à une mémoire martiniquaise choisie, incarnée, assumée.

Un procès plus qu’un procès : Une relecture de l’histoire

Quand le procès s’est ouvert début novembre 2025, ce n’était pas juste une affaire judiciaire : c’était le procès de la mémoire.

  • À la barre, militants, historiens, sociologues, dont des personnalités qui ont plaidé pour que ces actes soient considérés comme des actes symboliques, politiques, nécessaires.

  • Plusieurs témoignages ont souligné que le déboulonnage ne visait pas l’effacement de l’histoire, mais la réparation mémorielle. Pour eux, laisser ces statues c’est continuer d’imposer une mémoire coloniale, nier l’histoire des opprimé·e·s.

  • Pendant l’audience, l’espace public, le passé, l’identité collective martiniquaise étaient scrutés, non plus avec le prisme d’un patrimoine figé, mais avec le regard d’une île en quête de justice historique.

Le tribunal s’est retrouvé à naviguer entre une lecture strictement juridique des faits et l’enjeu bien plus profond de la mémoire collective. Au final, avec une relaxe et une dispense de peine, la décision ressemble à une forme de reconnaissance implicite : ce geste n’était pas simplement matériel, mais porteur d’un sens citoyen et identitaire.

Au-delà du tribunal : Vers une Martinique qui choisit son récit

Ce verdict donne de l’élan : il réhabilite la fierté collective, la mémoire qui respire et se transforme, l’identité que l’on décide pour soi, l’histoire que l’on restitue à ses véritables acteurs.

Durant le procès, un témoignage a marqué les esprits : « ce n’est pas de la destruction, c’est un cri ».

Un cri tourné vers la liberté, la mémoire et l’émancipation. La décision du tribunal en a donné l’écho. À présent, c’est à nous, à la Martinique, d’en faire une voix qui porte et d’écrire la suite.

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Le Konpa, cœur battant de l’identité haïtienne, en route vers le patrimoine mondial