Afrique-Caraïbe : Mia Mottley appelle à tracer de nouvelles routes commerciales

À New York, la Première ministre de la Barbade a plaidé pour des échanges plus directs entre l’Afrique et les Caraïbes. Transport, financement, santé et intégration des marchés : son appel dessine une ambition, mais les étapes concrètes restent à préciser.

Les liens entre l’Afrique et les Caraïbes ne peuvent plus se limiter aux discours sur une histoire commune. C’est le message porté par Mia Mottley lors d’un échange avec George Elombi, président d’Afreximbank, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 23 septembre.

La Première ministre de la Barbade a appelé les deux régions à créer leurs propres routes commerciales et à mieux maîtriser les systèmes et les infrastructures nécessaires à leur développement. Elle a notamment souligné leur proximité géographique : selon le compte rendu de Barbados Today, un vol entre la Barbade et Dakar durerait environ six heures. Les perturbations qui affectent des voies maritimes stratégiques, comme le canal de Panama et la mer Rouge, renforcent à ses yeux l’intérêt de développer des liaisons transatlantiques.

Relier les marchés et les entreprises

Au cœur de cette vision se trouve le rapprochement entre deux espaces économiques : la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le marché unique de la CARICOM. Mia Mottley a évoqué la nécessité de construire un « pont » entre les deux. L’objectif serait de faciliter les échanges entre entreprises africaines et caribéennes et de donner davantage d’ampleur aux marchés de chaque région.

Cette intégration ne serait pas automatique. Elle demanderait notamment des règles commerciales plus compatibles, des démarches douanières simplifiées et des solutions de transport fiables. La création de nouvelles routes suppose aussi des volumes de marchandises suffisants et des financements capables de soutenir les liaisons dans la durée.

La santé comme exemple d’échange direct

La Première ministre a également cité la plateforme de fournitures médicales d’Afreximbank. Celle-ci pourrait permettre aux pays caribéens d’accéder à des médicaments, des vaccins et du matériel médical par l’intermédiaire d’un partenaire africain.

L’exemple illustre ce que pourrait apporter une coopération plus opérationnelle : diversifier les fournisseurs et organiser des achats communs. Il s’agit toutefois d’une piste mentionnée pendant la discussion, et non de l’annonce d’un nouvel accord conclu entre les deux régions.

Investir dans ses propres capacités

Mia Mottley a aussi défendu une plus grande autonomie financière. Elle a critiqué les évaluations de crédit qui, selon elle, ne tiennent pas suffisamment compte des réalités des petits États et des économies vulnérables. Des évaluations jugées injustes peuvent renchérir le coût des emprunts et limiter les investissements dans les infrastructures, les entreprises et les services publics.

Dans cette perspective, Afreximbank pourrait jouer un rôle de passerelle financière. La diaspora africaine et caribéenne est, elle aussi, appelée à contribuer aux investissements et aux échanges. George Elombi et Mia Mottley l’ont présentée comme un partenaire économique majeur, évoquant l’idée d’une « sixième sous-région » africaine. Cette expression relève d’une vision politique : elle ne désigne pas une institution ou un statut officiel déjà établi.

De l’appel politique aux résultats

L’intervention de New York fixe une orientation, mais ne constitue pas un accord commercial. Aucun calendrier de négociation ni lancement de nouvelle ligne maritime ou aérienne n’a été annoncé dans les comptes rendus disponibles. Pour passer de l’ambition aux résultats, les gouvernements et les entreprises devront préciser les secteurs prioritaires, les financements et les infrastructures nécessaires.

Le défi est donc de convertir une proximité historique et géographique en échanges réguliers. Routes aériennes et maritimes, commerce entre entreprises, achats de produits essentiels et accès au financement : c’est sur ces chantiers que se mesurera la portée de l’appel de Mia Mottley.

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