Cinéma : en Inde, la Martinique renforce les ponts culturels entre la Caraïbe et l'Afrique
Les histoires de la Martinique continuent de voyager. À l'occasion de la première édition du Festival international du film Afrique et Caraïbes (ACI Film Festival), organisé du 28 au 31 juillet à l'Université Geeta de Panipat, en Inde, plusieurs personnalités martiniquaises ont été distinguées. Plus qu'une série de récompenses, cette reconnaissance illustre la volonté de renforcer les échanges culturels entre l'Afrique, la Caraïbe et leurs diasporas.
Pensé comme un espace de rencontres entre cinéastes, producteurs, distributeurs et acteurs du secteur audiovisuel, le festival ambitionne de créer des collaborations durables entre ces territoires qui partagent des histoires, des héritages et des réalités souvent méconnues sur les scènes internationales.
Des récits caribéens qui parlent au monde
Le réalisateur martiniquais Olivier Ozier-Lafontaine a remporté le prix du Meilleur documentaire 2026 pour La banque, maman et moi. Un film profondément ancré dans l'histoire de la Martinique puisqu'il retrace le parcours du Crédit Martiniquais à travers le regard de sa mère, ancienne cadre de l'établissement.
Pour le cinéaste, cette distinction dépasse le cadre d'une récompense personnelle. Elle démontre qu'un récit local peut trouver un écho bien au-delà des frontières de son territoire.
Une reconnaissance pour les talents martiniquais
La comédienne martiniquaise Sylviane Eneleda a, elle aussi, été récompensée en décrochant le prix de la Meilleure actrice pour son interprétation de Josèphe dans Adan nanm ek kò (Dans l'âme et dans le corps), réalisé par Ella Moun.
Ces distinctions témoignent de la vitalité d'une scène cinématographique martiniquaise qui, malgré des moyens souvent limités, parvient à faire rayonner ses créations sur la scène internationale.
Construire des passerelles entre l'Afrique et la Caraïbe
En marge de la compétition, Yves-Marie Séraline, auteur, journaliste et président de l'Organisation martiniquaise pour le développement des arts et de la culture (OMDAC), a reçu le prix honorifique Lifetime Achievement 2026, saluant l'ensemble de son engagement en faveur de la culture.
Pour lui, cette première édition du festival est surtout le signe d'un intérêt grandissant pour les productions caribéennes et de nouvelles opportunités de coopération.
Selon Yves-Marie Séraline, les organisateurs possèdent une vision globale du cinéma caribéen et considèrent la Martinique comme un territoire particulièrement dynamique, tout en reconnaissant les grandes traditions cinématographiques d'autres pays de la région, comme Cuba ou Haïti.
Au-delà des distinctions, des discussions ont déjà été engagées afin de développer de futurs projets entre les artistes des Caraïbes et leurs homologues africains. Une perspective qui correspond pleinement à la vocation du festival : faire du cinéma un langage commun entre des peuples liés par une histoire partagée, mais aussi par des aspirations contemporaines.
Une diplomatie culturelle en marche
Alors que les échanges entre les pays africains et caribéens se renforcent dans les domaines économique, universitaire et institutionnel, la culture apparaît plus que jamais comme un levier de rapprochement.
Le parcours des artistes martiniquais en Inde rappelle que les œuvres issues de la Caraïbe ne se limitent pas à leur territoire d'origine. Elles participent à une conversation mondiale où les mémoires, les identités et les imaginaires afro-descendants trouvent de nouveaux espaces d'expression.
À travers cette première édition, le Festival international du film Afrique et Caraïbes pose les bases d'un dialogue prometteur entre les créateurs des deux rives de l'Atlantique, avec l'Inde comme trait d'union inattendu. Pour la Martinique, cette reconnaissance marque une nouvelle étape dans son rayonnement culturel et confirme que les récits caribéens ont toute leur place sur les scènes internationales.

