Bénin : quand la Caraïbe retrouve l’Afrique par la citoyenneté

En ce début d’année 2026, le Bénin pose un acte fort, à la fois politique, symbolique et historique, en direction de la diaspora africaine. À travers son programme « My Afro Origins », le pays ouvre officiellement la voie à l’obtention de la citoyenneté béninoise pour les Afro-descendants, y compris ceux issus de la Caraïbe. Une initiative qui résonne profondément dans des territoires comme la Martinique, la Guadeloupe ou Haïti, marqués par l’histoire de la traite transatlantique et de l’esclavage.

Une citoyenneté pour réparer l’histoire

Lancé par les autorités béninoises, le programme « My Afro Origins » s’adresse aux descendants d’Africains déportés pendant la traite négrière. Il permet, sous certaines conditions, d’obtenir la nationalité béninoise grâce à des preuves historiques, généalogiques ou ADN.

Début janvier 2026, plusieurs Afro-descendants ont officiellement reçu leurs attestations de nationalité lors d’une cérémonie organisée au Bénin. Parmi eux, une femme originaire de la Martinique, devenue l’un des symboles de cette reconnexion entre la Caraïbe et le continent africain.

Pour le gouvernement béninois, cette démarche va bien au-delà d’un simple geste administratif. Il s’agit d’un acte de reconnaissance, mais aussi d’un message politique fort : celui d’un continent africain qui tend la main à sa diaspora, souvent qualifiée de « sixième région de l’Afrique ».

Caraïbe et Afrique : un lien qui se réactive

Dans les sociétés caribéennes, la question du retour aux origines, de l’identité afro-descendante et de la mémoire collective occupe une place centrale. Le programme béninois s’inscrit donc dans une dynamique déjà bien présente dans la région, où de nombreuses voix militent depuis des années pour un droit au retour symbolique ou réel.

Pour de nombreux Caribéens, cette citoyenneté représente une opportunité unique :
se réapproprier une histoire longtemps fragmentée,
établir un lien juridique et émotionnel avec l’Afrique,
– et envisager de nouvelles formes de circulation entre les deux rives de l’Atlantique.

Le Bénin, ancien royaume du Dahomey et l’un des principaux ports de départ de la traite négrière, apparaît ainsi comme un territoire clé dans cette démarche mémorielle, notamment à travers des lieux symboliques comme la Porte du Non-Retour à Ouidah.

Tourisme mémoriel et opportunités économiques

Au-delà de l’aspect identitaire, « My Afro Origins » s’inscrit également dans une stratégie de développement culturel et économique. Le gouvernement béninois souhaite encourager le tourisme mémoriel, les investissements de la diaspora et les échanges culturels durables.

Pour les Afro-Caribéens, cette ouverture peut aussi signifier :
– des opportunités entrepreneuriales en Afrique de l’Ouest,
– des collaborations culturelles et médiatiques,
– et une nouvelle manière de penser les relations Afrique-Caraïbe, non plus seulement à travers le prisme du passé, mais aussi du futur.

Une initiative qui fait école ?

Le Bénin n’est pas le premier pays africain à s’adresser à la diaspora, mais il est l’un des rares à proposer une citoyenneté pleine et entière, et non un simple visa ou statut symbolique. Cette décision pourrait inspirer d’autres États africains confrontés aux mêmes enjeux de mémoire, de diaspora et de soft power.

Pour la Caraïbe, cette actualité marque un tournant : elle rappelle que les liens avec l’Afrique ne sont pas uniquement culturels ou spirituels, mais peuvent désormais prendre une dimension politique et juridique concrète.

En reconnectant les Afro-descendants à leur terre d’origine, le Bénin contribue à écrire une nouvelle page des relations entre l’Afrique et la Caraïbe, faite de reconnaissance, de transmission et de reconstruction.

Précédent
Précédent

Stevenson Savart, le fils d’Haïti qui dévale les pistes jusqu’à Milan-Cortina

Suivant
Suivant

Antigua-et-Barbuda et le Zimbabwe renforcent les liens Afrique-Caraïbe